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Le podcast « Hier pour Demain »

Une série, deux formats. La Veillée (primaire, 5 à 7 minutes) reprend la tradition du conte du soir : Tantie Adjoua raconte, Dah Sossou commente. Le Grand Récit (secondaire, 10 à 12 minutes) réunit une animatrice et un historien.

La Veillée · épisode pilote · 4 min 21

Le pays des mille collines

Tantie Adjoua raconte aux enfants comment des mots de haine ont conduit au génocide au Rwanda, et comment Zura Karuhimbi a sauvé plus de cent personnes.

Maquette · voix de synthèse

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[ Générique musical ]

Tantie Adjoua : Bonsoir les enfants ! Approchez, approchez, la veillée commence. Je suis Tantie Adjoua, et comme chaque semaine, je vous raconte une histoire vraie, une histoire d'hier pour mieux construire demain.

Dah Sossou : Et moi, je suis Dah Sossou. J'écoute, et parfois, j'ajoute mon petit mot de vieux.

Tantie Adjoua : Ce soir, Dah, je voudrais raconter l'histoire d'un pays qui s'appelle le Rwanda.

Dah Sossou : Le Rwanda… C'est loin d'ici ?

Tantie Adjoua : Assez loin, à l'est de l'Afrique. C'est un pays plein de collines vertes. On l'appelle le pays des mille collines.

[ Transition sonore ]

Tantie Adjoua : Là-bas, depuis très longtemps, les gens parlaient tous la même langue. Ils cultivaient les mêmes champs, ils allaient aux mêmes marchés. Certains étaient appelés Hutu, d'autres Tutsi, d'autres Twa. Mais ils étaient voisins, et souvent amis.

Dah Sossou : Comme chez nous, où l'on parle fon, yoruba, bariba, dendi, et tant d'autres langues, et où l'on vit ensemble.

Tantie Adjoua : Exactement, Dah. Mais un jour, des étrangers qui dirigeaient le pays ont décidé d'écrire sur la carte d'identité de chacun s'il était Hutu, Tutsi ou Twa. Comme pour dire : « Vous êtes différents. »

Dah Sossou : Hmm. Quand on commence à mettre les gens dans des cases, ce n'est jamais bon signe.

[ Transition sonore ]

Tantie Adjoua : Des années plus tard, certains chefs ont commencé à répéter, à la radio, chaque jour, que les Tutsi étaient des ennemis. Des mots méchants. Des mots qui font peur. Et à force de les entendre, beaucoup de gens ont fini par y croire.

Dah Sossou : C'est comme une rumeur dans la cour de l'école. Au début, ce sont juste des mots. Puis ça fait mal.

Tantie Adjoua : Oui. Et au Rwanda, en mille neuf cent quatre-vingt-quatorze, ces mots de haine sont devenus des actes terribles. Pendant cent jours, des centaines de milliers de personnes ont été tuées. Parfois par des gens qui habitaient juste à côté. On appelle cela un génocide : quand on veut faire disparaître tout un groupe de personnes, simplement à cause de ce qu'elles sont.

[ Transition sonore ]

Dah Sossou : Tantie, c'est une histoire très triste. Les enfants vont avoir le cœur lourd.

Tantie Adjoua : C'est vrai, Dah. Mais je ne vais pas m'arrêter là. Car il y a aussi des héros dans cette histoire. Je veux vous parler d'une femme, Zura Karuhimbi. Elle était déjà âgée, elle vivait dans une toute petite maison. Quand les tueurs sont venus, elle a caché plus de cent personnes chez elle. Des hommes, des femmes, et même des bébés !

Dah Sossou : Plus de cent ! Dans une petite maison !

Tantie Adjoua : Oui. Et pour faire fuir les méchants, elle leur a fait croire qu'elle avait des pouvoirs magiques. Ils ont eu peur, et ils sont partis. Elle a sauvé tout le monde.

Dah Sossou : Voilà quelqu'un qui avait du courage.

Tantie Adjoua : On appelle ces personnes des Justes. Ce sont celles qui ont dit non à la haine, même quand c'était dangereux.

[ Transition sonore ]

Tantie Adjoua : Aujourd'hui, le Rwanda s'est reconstruit. Chaque année, le sept avril, tout le pays se souvient. Et ceux qui étaient ennemis ont appris, peu à peu, à vivre de nouveau ensemble.

Dah Sossou : Alors, Tantie, quelle est la leçon de ce soir ?

Tantie Adjoua : La leçon, c'est que tout commence par des mots. Un mot gentil peut construire une amitié. Un mot méchant, répété, peut détruire. Alors à l'école, quand quelqu'un se moque d'un camarade à cause de sa langue, de sa région ou de sa religion, on ne rit pas avec lui. On défend son camarade.

Dah Sossou : Comme Zura Karuhimbi.

Tantie Adjoua : Comme Zura Karuhimbi.

[ Transition sonore ]

Tantie Adjoua : Et maintenant, la question de la veillée. Discutez-en avec votre maîtresse, votre maître, ou avec vos parents : que veut dire « être un Juste », dans la vie de tous les jours, à l'école ?

Dah Sossou : Bonne nuit les enfants. Et n'oubliez pas : hier, c'est pour demain.

[ Générique musical ]

Le Grand Récit · épisode pilote · 8 min 57

Rwanda, cent jours

Aïcha et l'historien Florent retracent les racines coloniales, la propagande, les cent jours, la justice et la mémoire, et ce que cette histoire dit à la jeunesse béninoise.

Maquette · voix de synthèse

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[ Générique musical ]

Aïcha : Bonjour à toutes et à tous, et bienvenue dans « Hier pour Demain, le grand récit », le podcast d'histoire de l'Agence béninoise pour le Télé-Enseignement. Je suis Aïcha.

Florent : Et moi c'est Florent, historien. Bonjour.

Aïcha : Florent, aujourd'hui, on parle d'un sujet difficile. Avant de commencer, je voudrais dire une chose aux élèves qui nous écoutent : ce que vous allez entendre est grave. Si une question vous trouble, parlez-en à votre professeur ou à vos parents. C'est fait pour ça.

Florent : Tout à fait. On va parler du Rwanda, en mille neuf cent quatre-vingt-quatorze.

[ Transition sonore ]

Aïcha : Alors commençons par une image. Le Rwanda, c'est un petit pays d'Afrique de l'Est, sans accès à la mer. On l'appelle le pays des mille collines.

Florent : Oui, et c'est un pays où, depuis des siècles, tout le monde parle la même langue, le kinyarwanda. Les gens partagent la même religion, les mêmes collines, souvent les mêmes marchés. On y distinguait des Hutu, des Tutsi et des Twa. Mais attention : ce n'étaient pas des peuples séparés comme on l'imagine parfois. Ces catégories étaient surtout sociales, et on pouvait passer de l'une à l'autre.

Aïcha : Alors qu'est-ce qui a changé ?

Florent : La colonisation. D'abord allemande, puis belge. Les colonisateurs ont lu la société rwandaise avec leurs propres préjugés racistes. Ils ont décidé que les Tutsi formaient une « race » à part. Et dans les années mille neuf cent trente, l'administration belge a fait inscrire sur chaque carte d'identité : Hutu, Tutsi ou Twa.

Aïcha : Une simple mention sur un papier…

Florent : Une simple mention, oui. Mais retenez bien ceci, c'est le cœur de l'épisode : quand on enferme les gens dans une étiquette, on prépare le terrain pour les opposer.

[ Transition sonore ]

Aïcha : On avance dans le temps. Que se passe-t-il après l'indépendance ?

Florent : À partir de mille neuf cent cinquante-neuf, des violences visent les Tutsi. Des dizaines de milliers d'entre eux partent en exil, en Ouganda, au Burundi, au Congo. Trente ans plus tard, en mille neuf cent quatre-vingt-dix, des exilés regroupés dans le Front patriotique rwandais, le FPR, entrent en guerre contre le régime.

Aïcha : Et c'est là qu'intervient la propagande.

Florent : Exactement. Des journaux et surtout une radio, la Radio-Télévision Libre des Mille Collines, diffusent chaque jour des messages de haine. Ils appellent les Tutsi des « cafards ». Ils disent que ce sont des ennemis de l'intérieur, qu'il faut s'en débarrasser. Et la radio, à l'époque, c'est le média que tout le monde écoute, au champ, au marché, à la maison.

Aïcha : Ça ressemble un peu à ce qu'on peut voir aujourd'hui sur les réseaux sociaux.

Florent : C'est la bonne question à se poser. Les outils changent. Le mécanisme, lui, reste le même : on déshumanise, on répète, on banalise.

[ Transition sonore ]

Aïcha : Venons-en au six avril mille neuf cent quatre-vingt-quatorze.

Florent : Ce soir-là, l'avion du président Juvénal Habyarimana est abattu au-dessus de Kigali, la capitale. Dès le lendemain, le sept avril, les tueries commencent. Et elles ne sont pas improvisées : des listes avaient été préparées. Les premiers visés sont des responsables politiques, y compris des Hutu opposés au projet, comme la Première ministre, Agathe Uwilingiyimana. Puis, très vite, les Tutsi dans tout le pays.

Aïcha : Comment est-ce que ça se passe, concrètement ?

Florent : Je vais rester sobre, par respect pour les victimes. Des barrages sont dressés sur les routes. On contrôle les cartes d'identité, vous vous souvenez de la mention ethnique… Des milices, les Interahamwe, encadrent les massacres. Beaucoup de familles se réfugient dans des églises, des écoles, des stades, en pensant y être protégées. Ce ne fut pas le cas.

Aïcha : Et le reste du monde ?

Florent : C'est l'une des pages les plus douloureuses. L'ONU avait une mission sur place, la MINUAR. Le vingt et un avril, au lieu de la renforcer, le Conseil de sécurité réduit fortement ses effectifs. La communauté internationale a vu, et elle n'a pas agi à temps.

[ Transition sonore ]

Aïcha : Combien de temps cela a-t-il duré ?

Florent : Environ cent jours. Le quatre juillet, le FPR prend Kigali, et à la mi-juillet, le génocide prend fin. Le bilan est terrible : plus de huit cent mille morts selon les Nations Unies, plus d'un million selon le recensement fait par le gouvernement rwandais.

Aïcha : Il y a un mot que je voudrais qu'on explique bien, Florent : génocide.

Florent : C'est le moment du mot. Un génocide, c'est un crime précis, défini par une convention de l'ONU de mille neuf cent quarante-huit. Ce n'est pas seulement un grand nombre de morts. C'est la volonté de détruire tout ou partie d'un groupe, simplement parce qu'il est ce qu'il est. Depuis deux mille dix-huit, les Nations Unies emploient l'expression exacte : le génocide perpétré contre les Tutsi au Rwanda.

[ Transition sonore ]

Aïcha : Dans toute cette noirceur, est-ce qu'il y a eu des gens qui ont dit non ?

Florent : Oui, et il faut les connaître. On les appelle les Justes. Je pense à Zura Karuhimbi, une femme d'environ soixante-dix ans à l'époque. Elle a caché plus de cent personnes dans sa petite maison de deux pièces, dont des bébés. Pour éloigner les tueurs, elle s'est fait passer pour une sorcière et leur a fait peur. Elle les a tous sauvés.

Aïcha : C'est incroyable de courage.

Florent : Et c'est la preuve qu'on a toujours un choix. Même quand tout le monde semble suivre la foule.

[ Transition sonore ]

Aïcha : Et après ? Comment un pays se relève-t-il d'une telle tragédie ?

Florent : Par la justice d'abord. Un tribunal international a été installé à Arusha, en Tanzanie, pour juger les principaux responsables. Et le Rwanda a créé des tribunaux populaires, les gacaca, sur l'herbe des collines, où victimes et accusés se faisaient face. Près de deux millions de dossiers y ont été traités.

Aïcha : Et il y a un lien avec le Bénin, je crois.

Florent : Oui, et beaucoup l'ignorent. Des personnes condamnées par le tribunal d'Arusha ont été transférées au Bénin pour y purger leur peine. Notre pays a donc pris sa part dans cette justice.

Aïcha : Et la mémoire ?

Florent : Chaque année, à partir du sept avril, le Rwanda vit Kwibuka, ce qui veut dire « se souvenir ». Au Mémorial de Kigali reposent plus de deux cent cinquante mille victimes. Et le pays a fait le choix difficile de la réconciliation : des rescapés et d'anciens bourreaux vivent aujourd'hui sur les mêmes collines.

[ Transition sonore ]

Aïcha : Et chez nous, Florent ? Qu'est-ce que nos élèves béninois doivent en retenir ?

Florent : Que le Bénin aussi est un pays de diversité : des dizaines de langues, plusieurs religions, des régions différentes. Cette diversité, c'est notre richesse. Mais l'histoire du Rwanda nous montre qu'elle peut être retournée contre nous si on laisse les mots de haine circuler. Une blague qui rabaisse une ethnie, un message qui oppose le nord et le sud… tout commence par là.

Aïcha : Donc la leçon, c'est la vigilance.

Florent : La vigilance, et le courage de dire : « Pas en mon nom. »

[ Transition sonore ]

Aïcha : Avant de nous quitter, voici la question de la semaine, à discuter en classe ou à la maison : comment reconnaître un discours de haine, à la radio ou sur les réseaux sociaux, et que faire quand on en voit un ?

Florent : Et je vous laisse avec la devise des commémorations rwandaises : se souvenir, s'unir, se renouveler.

Aïcha : Merci Florent. Merci à vous d'avoir écouté « Hier pour Demain ». Retrouvez la fiche, la frise et le quiz de cet épisode sur la plateforme de l'ABT-E. À très bientôt.

[ Générique musical ]

Le gabarit d'un épisode

Tous les épisodes suivent la même structure, pour que les élèves s'y retrouvent d'une semaine à l'autre. Durées indicatives pour Le Grand Récit.

Générique15 s
Accroche1 min
Le récit5 min
Le mot1 min
Les Justes1 min 30
Et après ?1 min 30
Et chez nous ?1 min
La question30 s
Générique15 s

Grille de la saison 1

Un épisode par grand fait, calé sur l'année scolaire et sur les journées internationales de mémoire.

N°DiffusionÉpisodeAncrageStatut
01Octobre
24 oct.
L'ONU et la Déclaration universelle des droits de l'hommeJournée des Nations UniesFiche prête
02Novembre
10 nov.
Béhanzin et la résistance du DanxomèRetour des trésors royaux (2021)Fiche prête
03Décembre
1er déc.
Le massacre de ThiaroyeAnniversaire du massacreFiche prête
04Janvier
15 janv.
La guerre du BiafraFin de la guerre (1970)Fiche prête
05Janvier
27 janv.
La ShoahJournée internationale de la mémoire de l'HolocausteFiche prête
06Février
26 fév.
La conférence de Berlin et le partage de l'AfriqueClôture de la conférence (1885)Fiche prête
07Février
28 fév.
La Conférence nationale des forces vivesClôture de la Conférence nationale (1990)Fiche prête
08Mars
25 mars
La traite atlantique et OuidahJournée de souvenir des victimes de l'esclavageFiche prête
09Avril
7 avril
Le génocide perpétré contre les Tutsi au RwandaJournée internationale de réflexionÉpisode prêt
10Mai
25 mai
1960, l'année des indépendancesJournée de l'AfriqueFiche prête
11Mai
28 mai
Le génocide des Herero et des NamaJournée du souvenir en NamibieFiche prête
12Juin
16 juin
L'apartheid et Nelson MandelaJournée de l'enfant africainFiche prête
13Juin
fin d'année
Hiroshima et NagasakiThème : la paix (avant les vacances)Fiche prête
Son coupé