Le pays des mille collines
Tantie Adjoua raconte aux enfants comment des mots de haine ont conduit au génocide au Rwanda, et comment Zura Karuhimbi a sauvé plus de cent personnes.
Maquette · voix de synthèse
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[ Générique musical ]
Tantie Adjoua : Bonsoir les enfants ! Approchez, approchez, la veillée commence. Je suis Tantie Adjoua, et comme chaque semaine, je vous raconte une histoire vraie, une histoire d'hier pour mieux construire demain.
Dah Sossou : Et moi, je suis Dah Sossou. J'écoute, et parfois, j'ajoute mon petit mot de vieux.
Tantie Adjoua : Ce soir, Dah, je voudrais raconter l'histoire d'un pays qui s'appelle le Rwanda.
Dah Sossou : Le Rwanda… C'est loin d'ici ?
Tantie Adjoua : Assez loin, à l'est de l'Afrique. C'est un pays plein de collines vertes. On l'appelle le pays des mille collines.
[ Transition sonore ]
Tantie Adjoua : Là-bas, depuis très longtemps, les gens parlaient tous la même langue. Ils cultivaient les mêmes champs, ils allaient aux mêmes marchés. Certains étaient appelés Hutu, d'autres Tutsi, d'autres Twa. Mais ils étaient voisins, et souvent amis.
Dah Sossou : Comme chez nous, où l'on parle fon, yoruba, bariba, dendi, et tant d'autres langues, et où l'on vit ensemble.
Tantie Adjoua : Exactement, Dah. Mais un jour, des étrangers qui dirigeaient le pays ont décidé d'écrire sur la carte d'identité de chacun s'il était Hutu, Tutsi ou Twa. Comme pour dire : « Vous êtes différents. »
Dah Sossou : Hmm. Quand on commence à mettre les gens dans des cases, ce n'est jamais bon signe.
[ Transition sonore ]
Tantie Adjoua : Des années plus tard, certains chefs ont commencé à répéter, à la radio, chaque jour, que les Tutsi étaient des ennemis. Des mots méchants. Des mots qui font peur. Et à force de les entendre, beaucoup de gens ont fini par y croire.
Dah Sossou : C'est comme une rumeur dans la cour de l'école. Au début, ce sont juste des mots. Puis ça fait mal.
Tantie Adjoua : Oui. Et au Rwanda, en mille neuf cent quatre-vingt-quatorze, ces mots de haine sont devenus des actes terribles. Pendant cent jours, des centaines de milliers de personnes ont été tuées. Parfois par des gens qui habitaient juste à côté. On appelle cela un génocide : quand on veut faire disparaître tout un groupe de personnes, simplement à cause de ce qu'elles sont.
[ Transition sonore ]
Dah Sossou : Tantie, c'est une histoire très triste. Les enfants vont avoir le cœur lourd.
Tantie Adjoua : C'est vrai, Dah. Mais je ne vais pas m'arrêter là. Car il y a aussi des héros dans cette histoire. Je veux vous parler d'une femme, Zura Karuhimbi. Elle était déjà âgée, elle vivait dans une toute petite maison. Quand les tueurs sont venus, elle a caché plus de cent personnes chez elle. Des hommes, des femmes, et même des bébés !
Dah Sossou : Plus de cent ! Dans une petite maison !
Tantie Adjoua : Oui. Et pour faire fuir les méchants, elle leur a fait croire qu'elle avait des pouvoirs magiques. Ils ont eu peur, et ils sont partis. Elle a sauvé tout le monde.
Dah Sossou : Voilà quelqu'un qui avait du courage.
Tantie Adjoua : On appelle ces personnes des Justes. Ce sont celles qui ont dit non à la haine, même quand c'était dangereux.
[ Transition sonore ]
Tantie Adjoua : Aujourd'hui, le Rwanda s'est reconstruit. Chaque année, le sept avril, tout le pays se souvient. Et ceux qui étaient ennemis ont appris, peu à peu, à vivre de nouveau ensemble.
Dah Sossou : Alors, Tantie, quelle est la leçon de ce soir ?
Tantie Adjoua : La leçon, c'est que tout commence par des mots. Un mot gentil peut construire une amitié. Un mot méchant, répété, peut détruire. Alors à l'école, quand quelqu'un se moque d'un camarade à cause de sa langue, de sa région ou de sa religion, on ne rit pas avec lui. On défend son camarade.
Dah Sossou : Comme Zura Karuhimbi.
Tantie Adjoua : Comme Zura Karuhimbi.
[ Transition sonore ]
Tantie Adjoua : Et maintenant, la question de la veillée. Discutez-en avec votre maîtresse, votre maître, ou avec vos parents : que veut dire « être un Juste », dans la vie de tous les jours, à l'école ?
Dah Sossou : Bonne nuit les enfants. Et n'oubliez pas : hier, c'est pour demain.
[ Générique musical ]